Jean François Gromaire
Gromaire
En un sens il est inutile de présenter la peinture de
Jean-François Gromaire. Elle se recommande d’elle-même,
ne suppose pas un savoir ésotérique, et n’exclut pas
celui qui s’en approche. Si l’on ajoute à cela que
chacune de ses toiles réinvente un univers singulier,
poétique, puissant, on comprend aisément pourquoi je
tiens Jean-François Gromaire pour l’un des peintres les
plus remarquables d’aujourd’hui. L’apparente simplicité
de sa peinture, comme toujours chez les meilleurs, est
une conquête, qui passe notamment par le refus des
facilités décoratives. Les figures et les fabriques qui
peuplent parfois ses toiles sont douées d’une très forte
présence, énigmatique et belle ; plus que de Chirico,
auquel on songe d’abord parce que ces paysages semblent,
comme on dit, métaphysiques, il faut évoquer Giorgio
Morandi. Ces paysages sans pays sont nos contemporains,
ne renvoyant ni à un avant édénique, ni à un après
apocalyptique. On devine ce travail nourri par une grande
familiarité avec l’histoire de la peinture (que le
grand-père de l’artiste soit l’illustre Marcel Gromaire
n’est certainement pas, de ce point de vue, anecdotique).
C’est aussi une peinture d’homme du monde, si l’on veut
bien entendre cette expression au sens le moins mondain
de l’expression, et l’on ne s’étonne pas d’apprendre que
Jean-François Gromaire a pratiqué les artisanats les plus
divers, du travail du bois au pilotage d’hélicoptère.
Peinture méditative, pensive plutôt que pensante : un
savant saurait détailler les affinités profondes du
travail de Jean-François Gromaire avec les arts dits
traditionnels, de l’Extrême-Orient notamment, mais aussi,
sans doute, avec le lyrisme architectonique d’un Debré ou
d’un Soulages. Au simple amateur, il suffit de se laisser
absorber lentement par ces toiles où l’homme est à sa
place, essentiel et dérisoire, et parfois même absent.
Stéphane Audeguy